Robert BOURDIER

 

Architecture Religieuse et Médiévale

du

Canton de Martel

Les édifices

à

découvrir

 

Quelques notes recueillies sur les prieurés
de Loupchat, aujourd'hui disparus


Avant-Propos

Dans notre Quercy Roman, l'art chrétien a atteint ses plus hauts sommets à Moissac, Cahors, Souillac et plus prés de chez nous à Carennac.

A l'écart des investigations méthodiques et rationnelles se situent de petits édifices ; humbles églises, qui donnent une certaine image popularisée du paysage des campagnes.

Il s'agit d'un domaine ignoré, cependant, ces dernières peu connues méritent toute l'attention de l'amateur et du chercheur.

Canton modeste, Martel revèle, si on s'y attarde quelques instants, une formidable richesse moyenâgeuse, de nombreux repères de l'art médiéval y sont représentés. Les deux arts les plus présents sont un art roman épanoui et un art gothique tardif, révélant deux périodes de prospérité pour le Quercy.

Quel sera l'avenir de ces églises ? La plupart d'entre elles servent de moins en moins au culte et sont souvent fermées au visiteur. Cependant, elles bénéficient en majorité de la protection des monuments historiques, qui leur reconnaissent ainsi leur valeur d'oeuvre d'art et de témoin du passé.

Par cette protection, leur état actuel est aussi sans doute le dernier qu'elles connaîtront.



 

MARTEL

L'église consacrée à Saint Maur est la plus vaste du canton (nef de 56 m de long, 21 m de large, 25 m sous voûte). Classée monument historique, son style fait référence au gothique méridional fortifié du XIVème siècle. Son sanctuaire à chevet plat prend jour par une magnifique verrière du XVIème siècle. La construction de ce monument dû s'éténdre dans le temps, les voutes de la nef et des chapelles entre contreforts, ainsi que les remplages des baies, révèlent un style flamboyant de la fin du XVème et début du XVIème siècle.

Diverses peintures ornent le choeur et sont remarquables par leurs coloris, ces toiles classées sont attribuées à Carle Vanloo.

La tour du clocher sur plan carré et contrebuté à sa base sur arcade, supporte le clocher octogonal de 40 m de haut. Sous sa voûte s'ouvre l'entrée où s'insère un tympan roman sculpté provenant de l'église antérieure. Il s'orne d'un christ à la fois juge et rédempteur attirant à lui les élus.

 

 

LOUPCHAT section de Martel

Saint-Martin de Loupchat, sa nef s'ouvre sur une abside qui est à pans coupés, d'un roman de fin du XIIème siècle, ce qui lui donne un certain cachet.

(les chevets polygonaux sont courants dans l'architecture romane Quercynoise)

 

MUREL section de Martel

L'église Notre Dame possède un choeur d'un beau roman début du XIIème siècle . L'unique chapelle qui se trouve au nord est du XIVème siècle.

 

GLUGES section de Martel

Saint Pierre-ès-Liens est une petite chapelle semi-troglodyte adossée au rocher dans le petit cimetière du village. Elle date du XIIème siècle. Selon la légende, elle aurait été construite par un des seigneurs de Mirandol au retour d'une croisade.

Ce petit édifice possède, sur les deux murs situés en façade, sud une remarquable corniche soutenue par quatorze modillons sculptés d'une excellente facture. Ils sont tous ornés de sujest divers ; animaux, visages humains ou personnages accroupis. Ces sculptures sont l'oeuvre d'artistes médiévaux talentueux. Classée monument historique depuis 1913, sa restauration est des plus urgente.

En 1856, on renonça à l'agandissement de la chapelle et on construisit un nouvel édifice au centre du village. Le village et les falaises qui le surplombent font partie des sites inscrits du département.

 

 

CREYSSE

L'église Saint Germain, classée monument historique, est une ancienne chapelle castrale du XIème et XIIème siècle. Elle dresse au pied d'un escalier tracé dans le roc, les murs de ses deux absides romanes jumelles qui formaient le chevet primitif du petite édifice. Ces deux absides demi-circulaires de plans tangents sont uniques en France. L'église fut agrandie au XVIIème siècle par l'annexion de la salle de justice seigneuriale. A l'extrémité sud de la nef, s'ouvre la porte romane avec son superbe petit porche.

Ce monument se trouve être une église d'un caractère distingué malgré toute sa modestie.

 

 

LOUDOUR section de Creysse

Transformée en maison d'habitation au XIXème siècle, l'église Saint-Julien offre encore les caractéristiques d'une église du XIème siècle ; murs bien appareillés et nef unique, que précède une abside rectangulaire plus étroite. Ancienne paroisse vicomtale, l'église continua à être desservie encore quelques temps après la révolution.

 

FLOIRAC

L'église paroissiale Saint-Georges était au début du XVIIIème siècle un petit édifice.

Elle a été batie et agrandie sur l'emplacement de l'église primitive et fut livrée au culte en 1757.

Cette construction, de 26 m de long, 10 m de large (18 avec les chapelles) et haute de 13 m à la clef de voûte est conçue selon un plan de croix latine comportant une nef unique et deux chapelles latérales. Un clocher massif se trouve à cheval sur la première travée. A la nef flanquée des chapelles latérales fait suite un sanstuaire à chevet pentagonal.

La piéta ou vierge de la piété, du début du XVIème siècle exposée dans l'église semble être une statue de l'église primitive. Le rétable du maître-autel est en bois sculpté doré.

La chapelle du Barri, est située à l'entrée du village sur la route de Mezels Carennac. Cette petite chapelle de dimensions modestes (8,80 m sur 4,40 m intérieurs) est une chapelle de pénitents, sans doute construite à la suite d'une épidémie. Peut être l'épidémie de peste qui ravagea le Quercy de 1501 à 1530. Elle est dédiée à Saint Roch, patron des pestiférés .

La chapelle Saint Roch de Floirac est le seul édifice du canton entièrement construit à la fin du moyen-age ; son style appartient au gothique flamboyant.

 

 

MONTVALENT

L'église romane Saint Christphe batie dans l'enceinte de l'ancien fort des vicomtes de Turenne, se dresse au centre d'un admirable paysage.

L'une des tours de ce fort, sûrement le donjon, sert aujourd'hui de clocher. Par son plan rectangulaire qui est des plus élémentaire et terminée par un chevet plat ajouré de fenêtres en plein ceintre, elle date du XIIIème siècle, du style de transition entre le roman et le gothique.

Deux chapelles ont été ajoutées postérieurement dont la datation précise n'est guère possible.

L'autel est appuyé à un rétable en bois sculpté de la fin du XVIIème siècle.

 

CAZILLAC

L'église de Cazillac est édifiée à proximité d'une ancienne tour féodale, vestige d'un château. Par manque d'éléments caractéristiques sa datation n'est guère possible.

Pittoresque est son clocher mur, abrité par un toit largement débordant.

Son titulaire est Saint Vincent.

 

LASVAUX section de Cazillac

Notre Dame est une trés belle église classée monument historique qui date des XIème et XIIème siècles. La façade percée d'un portail à voussures multiples prend place dans un massif orné de modillons sculptés et accolés à un clocher mur à quatre baies.

Sur tout le pourtour et sous les rempants de la toiture se trouvent de magnifiques corbeaux figurant des têtes humaines indentiques à ceux du massif d'entrée.

L'abside est pentagonale ; elle est garnie d'une ossature dont les arcs retombent autour des fenêtres sur des tailloirs échancrés et des chapiteaux qui sont ornés, aux angles, de feuilles d'eau et d'ovales avec en haut des têtes.

Une trés belle sculpture romane quadrangulaire classée sert de support au bénitier. Une cloche de bronze de 1620 est aussi classée monument historique.

 

SARRAZAC

L'église Saint Geniès, inscrite aux monuments historiques, est un édifice d'aspect austère, dont les murs rustiques sont percés d'étroites fenêtres. Elle paraît avoir été édifiée au XIIème siècle sur l'emplacement de l'église primitive qui, elle, remonterait à la plus haute antiquité ; le premier seigneur de Turenne " Rodolphe " mort en 840 fût enseveli dans l'église de Sarrazac, ainsi que trois autres membres de cette puissante famille.

Ces inhumations laissant présumer la présence d'une crypte.

L'édifice comprend une nef à deux travées à voûte romane, un chevet à pans coupés orné d'une voûte en étoile et trois chapelles issues d'un remaniement gothique du XVème ou XVIème siècle.

Le choeur semble avoir été refait au XVème siècle.

 

VALEYRAC

A proximité de Sarrazc, l'église Saint Cernin est un petit édifice trés simple, avec un joli portail décoré.

Cette petite église est l'exemple des églises rurales complètement remaniées depuis leur fondation.

 

 

RIGNAC

Rignac est une section de la commune de Cuzance qui possède une remarquable église du XIIème siècle, claséee monument historique, trés intéressante par ses chapiteaux romans, sa chapelle latérale gothique. Il faut admirer la complexité des voutes, un bénitier ciselé et une pierre quadrangulaire formant une soucoupe plate portant sur le coté, sculptés en relief, un croissant de lune et un paquet de trois serpents : le caducée de Mercure.

Cette pierre serait un autel brûle-parfums gallo-romain du culte païen.

Sur les cotés du portail, on remarque deux colonnettes supportant des chapitaux ornés d'entrelacs carolingiens. Son clocher octogonal du XVIIème siècle assis sur une tour carrée rappelle le style Limousin, certains archéologues le qualifient de Bourguignon, il supporte la coupole du transept.

Une des deux cloches date de 1498. Saint Victor est le patron de cette ancienne paroisse vicomtale.

 

 

CUZANCE

L'église Saint Pierre de Cuzance est un ancien prieuré de l'abbaye de Tulla du XIIIème siècle. Elle comprend une nef unique flanquée d'un bas-coté ajouté au XVIème siècle et une chapelle au sud du XVIIème siècle. Son clocher ajouré de deux baies sur chaque face abrite une cloche datée de 1429. Une chapelle fût prolongée en collatéralen 1917.

 

CRESSENSAC

L'église date du XVème siècle, après la tourmente révolutionnaire, l'édifice est en piteux état, les charpentes tombaient en ruine provoquant de nombreuses fuites . Le plancher formant la voûte de l'église et celui du clocher ont été détruits. Au début du XIXème siècle seul le sanctuaire était voûté, deux chapelles furent construites (1810 et 1854), puis à partir de 1874 on procéda à de grandes réfections sous la direction de l'abbé Chevalt plus connu pour ses travaux de restauration à Rocamadour. L'ensemble fût vouté en style néogothique.

Ces travaux modifièrent l'édifice et apportèrent une unité de volume intérieur qui proportionne admirablement cette bâtisse.

L'église est sous le vocable de Saint Barthélémy.

 

 


Eglises construites au XIXème siècle

 

Cinq édifices ont été construits ou remaniés à cette époque dans le canton, certains sur l'emplacement de chapelles ou d'églises primitives, naturellement, ils ne présentent aucun caractère roman ou gothique.

Ce sont :

Saint Roch
=
L'hopital Saint Jean
Saint Denis
=
Saint Denis les Martel
Notre Dame
=
Baladou
L'immaculée Conception
=
Gluges
Saint Côme et Damien
=
Paunac

Dans le cadre d'une mise en lumière du patrimoine, la communauté de communes du pays de Martel a su réaliser en 2001 un plan d'illumination de tous les sites décrits permettant ainsi la mise en valeur de l'architecture des édifices à découvrir, en effectuant des circuits tourisques nocturnes.

 

 


Les Prieurés de Loupchat

 

Sur le territoire de la paroisse de LOUPCHAT, ancienne paroisse vicomtale des seigneurs Turennois et à présent commune de Martel, il y avait trois prieurés.

Le prieuré de LOUPCHAT, celui de BARBAROUX et enfin MARADENE.

 

En ce qui concerne LOUPCHAT,dès le début du XIIème siècle existait un prieuré que l'on trouve jusqu'à la révolution et qui appartenait aux mains de l'abbaye féminine de BRAGEAC(*) , dont l'abbesse était en même temps prieure de Loupchat. Brageac est situé dans la haute Auvergne, au confins des trois diocèses de Limoges, Tulle et Clermont Ferrand, à une lieue de Mauriac. Le prieuré était situé à coté de l'église paroissialle actuelle, dédiée à Saint Martin. On voit, en venat de Martel, sur la gauche, en entrant dans le village et tout près de l'église, une superbe habitation (privée) avec une tour centrale couverte de lauzes. Cette construction, réalisée et remaniée au cours des siècles, a vraissemblablement ses maçonneries qui reposent sur les fondations primitives du prieuré. On peut voir du reste, une ouverture dans le mur, disposée de façon à faire passer les choses nécessaires (nourriture) à la vie de la recluse, qui selon ses voeux s'enferme dans une cellule bien close pour ne plus en sortir, passant sa vie dans les ténèbres absolues. C'étaient des ermites d'un genre un peu particulier !

 

BARBAROUX :A deux kilomètres au nord de Loupchat, à l'extrémité de la longue crête qui vient du village, s'élevait le petit prieuré de Barbaroux avec son église prieurale dédiée à Saint Jean. Il n'en reste rien aujourd'hui. Mais si l'on peut à peine reconnaître l'emplacement, on ne peut s'empécher, quand on se trouve sur place, d'admirer la beauté du site. De là, c'est une vue splendide sur tout le bas Limousin et le haut Quercy dans la direction de Saint Céré, Castelnaud et Souceyrac. Le prieuré était rattaché tout d'abord au XIIIème siècle à l'Hôpital-Beaulieu près d'Issendolus, après Gramat., et puis ensuite au prieuré de " La Vere Croix " dans Martel.

 

MARADENE :Il se voit à quatre kilomètres de Martel en direction des Quatre-Routes et en bordure du chemin départemental n°96.

Si le site de Barbaroux est vraiment beau, celui de Maradène l'est beaucoup moins. Orienté vers le Nord-Ouest, exposé à tous les mauvais vents et perdu au milieu de pauvres chênes rabougris, sur un sol où le rocher est partout présent, il devait être le prieuré pauvre à coté du riche monastère de " Friat " son voisin qui, lui, était en bordure du ruisseau " Le Vignon " et jouissait du privilège de ses moulins (Dans la seconde moitié du XIIème siècle, l'abbé de Beaulieu et son prieur de Friat possédaient jusqu'à cinq moulins). Maradène porte dans les documents le nom de " Maradenou " ou petit Maradène, par rapport au " Maradène " près de Vegennes dont il dépendait, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint Augustin.

Seule l'église, encore en bon état, de cette petite communauté religieuse subsiste (il semblerait que des travaux de restauration sont entrepris). Les autres bâtiments détruits doivent être éparpillés aux alentours du site ou bien alors, les matériaux ont été réutilisés par ailleurs, comme cela était souvent le cas. L'architecture de cette église témoigne d'un dernier aspect de l'art roman, son plan sobre, rectangulaire et sa nef à plafond voûté d'un berceau légèrement brisé, ainsi que l'absence de décor, font penser irresistiblement à l'austérité des intérieurs cisterciens. (Je l'ai visitée pour la dernière fois en 1986)

Sa construction doit remonter au début du XIIIème siècle. Le prieuré est mentionné dès 1236 (archives du Lot), il l'est encore en 1352 et souvent dans les registres de Martel du XIVème siècle. En février 1604, c'était Pierre Rougier (1593-1659) qui possédaitles deux Maradènes (Vegennes et Martel), en 1617 François de Corn est prieur de Maradène et enfin, plus près, en 1651, ils étaient possédés par Raymond Faurie, curé de Queyssac, qui affermait pour 65 livres celui qui était près de Martel.

Un personnage écclésiastique célèbre ; Alain de Solminiac fait une visite au prieuré de Maradène le 8 septembre 1651, avant de se rendre à Martel (il avait appartenu à l'ordre des chanoines réguliers de Saint Augustin) le vénérable et bien heureux Alain de Solminiac, abbé de Chancelade et évèque de Cahors de 1637 à 1659, fût le grand réformateur du monde clérical au XVIIème siècle et ce valeureux serviteur de Dieu, qui décéda au château de Mercuès, fut béatifié suite à un décret pontifical rendu à cet effet en 1981. Le procès dura quand même plus de trois siècles.

En quelle année, les moines abandonnèrent-ils le prieuré ? Nous l'ignorons, mais sûrement avant la révolution, et, après cette église devint la propriété de particuliers, qui la transformèrent en grange et habitation.

Une personne de Loupchat, Mr Camille Carlux, malheureusement, aujourd'hui, décédé, que je connaissais bien et qui était passionné de l'histoire locale, m'a affirmé, qu'au début du siècle dernier vivait et travaillait dans l'église un tisserand qui fabriquait de grosses toiles de chanvre, cette plante étant abondament cultivée dans les vallées de la Dordogne et des ruisseaux, ses affluents ; Mr Carlux avait bien connu cette personne.

 

 

Robert BOURDIER

Creysse, décembre 2003

(*) BRAGEAC ; Tous les 4 ans Brageac est le centre d'un pèlerinage médical ; des mèdecins, des dentistes et tous corps d'état médicaux viennent honorer leurs saints Patrons :
- Saint CÔMEe (alias COSME) - Saint DAMIEN - Sainte APPOLINE

Sommaire

Couverture
Avant-Propos
Carte des édifices
Martel
Loupchat
Murel
Gluges
Creysse
Loudour
Floirac
Montvalent
Cazillac
Lasvaux
Sarrazac
Valeyrac
Rignac
Cuzance
Cressensac
Eglises du 18ème
Les prieurés de Loupchat